Festival International de Jazz de Montréal, Salle Gesù
L'UNE CHANTE, L'AUTRE PAS
Après ces derniers jours, riches en performances énergiques et en soirées se prolongeant jusqu'à tard dans la nuit, un dimanche soir apaisant n’était pas de refus. Un dimanche passé en compagnie de deux jolies musiciennes, Dawn Tyler Watson et Madeleine Peyroux, dont la performance au Club Soda affichait complet au moment d’imprimer la programmation du festival. C’est vous dire que nombreux étaient ceux qui l’attendaient… et qui ont dû être déçus!
Mais d’abord, un début de soirée dans la pénombre du Gesù. On ne le dira jamais assez : quelle belle salle pour un concert de jazz! Ou de blues vocal, dans le cas qui nous occupe.
L’an dernier, Dawn Tyler Watson foulait la même scène, mais dans la peau de Curley Brown, l’une des héroïnes du film Jack Paradise. "Depuis quelques années, le Festival cherche une idée pour me faire une place dans la programmation", blaguait-elle, rappelant que, avant l’hommage à la musique du film de Gilles Noël, elle s’était produite avec le Dawn Tyler Blues Project.
Attendez, ça prend vraiment un prétexte pour l’inviter, elle? Son titre de reine du blues montréalais n’est-il pas suffisant pour qu’on lui ouvre les portes d’une salle du FIJM?
Sa performance d’hier, simplement accompagnée par le brillant guitariste Paul Deslauriers, est une expérience musicale magnétique qu’on souhaite revoir.
En vérité, Dawn Tyler Watson est si méconnue ici que c’en est injuste. Ce n’est pas une grande voix, mais une très belle voix, irréprochablement juste, agile, économe de notes mais pas d’émotions. Surtout pas une de ces "bloweuses" dont le Québec regorge, celles à qui on a envie de confisquer les cordes vocales après seulement deux chansons. Dawn Tyler Watson chante intelligemment et avec sensibilité.
Son guitariste Paul Deslauriers a épaté la galerie à l’aide de solos agiles, précis, sans failles. Un jeu tout en harmonies, si complet qu’on croirait parfois entendre deux guitares en même temps. Passant d’un classique de Willie Dixon à une composition de Watson, Deslauriers se love dans le blues et le folk avec une facilité qui n’est sans doute qu’apparente. Vraiment une belle performance.
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Philippe Renaud - Montreal La Presse (Jul 4, 2005)